Mardi 10 mars, Ushuaia

Le groupe doit quitter Buenos Aires et prend l’avion depuis Ezeiza, à 6h30 du matin. Malgré ce lever matinal, certains se rendent au Parc National " Lapataia " tandis que d’autres préfèrent visiter l’ancien pénitencier, transformé en musée maritime. Il permet de découvrir les premières navigations d’exploration de la région avec une collection de pièces récupérées des différents naufrages. Après un tour du centre ville pour d’autres, nous nous retrouvons vers 16 h près de l’Hôtel Albatros pour se rendre au port en compagnie de Marie-Elena, notre accompagnatrice locale de la journée.

Notre navire expédition, le Grigoriy Mikheev est amarré au quai commercial. Notre équipe de guides, Marie, Gérard et le chef d’expédition Rolf nous y accueillent et nous souhaitent la bienvenue au cours d’un premier briefing.




Après un contrôle de la présence de tous et de nos bagages, et surtout de l’accord des autorités argentines, nous pouvons larguer les amarres vers 18 heures.

Le temps est dégagé avec une belle lumière, nous pouvons assister à la procédure de départ depuis le pont supérieur. SONY DSC

Peu après nous avons rendez-vous sur les ponts extérieurs pour un exercice de sécurité d’évacuation du navire. Nous prenons tous notre superbe gilet de sauvetage orange vif pour se rendre près des deux canots de sauvetage sur l’arrière.

Il est enfin temps de dîner. Nous naviguons dans le canal Beagle, cap à l’Est, les conditions sont bonnes, avec un léger vent de face.




Mercredi 11 mars, Passage de Drake

" Chers passagers, bonjour. Cette nuit, nous avons navigué dans le canal Beagle, puis nous avons contourné l’archipel des Wollaston, groupe d’îles situées au sud de la Terre de Feu. Nous avons parcouru environ 130 milles depuis Ushuaia. Nous sommes actuellement à environ 30 milles au S-E du cap Horn, à la position 56° 07’ S, 66°36’ W.. Nous sommes dans le passage de Drake et naviguons en direction du SSW. Les conditions météo sont bonnes, peu de vagues mais une houle résiduelle, vent force 3. Le ciel est couvert avec quelques averses. Les prévisions météo pour la journée sont bonnes avec des vents de 15 nœuds maximum. La température de l’air est de 7°C, celle de l’eau est de 6°C. Je vous souhaite une bonne journée. "

C’est par ces paroles que nous sommes réveillés. Les conditions sont très correctes pour le début de la traversée de ce fameux passage de Drake. Assez rapidement, Gérard nous annonce la vision du cap Horn à l’horizon, au NW. Nous distinguons effectivement la silhouette caractéristique de l’île Horn, et du cap éponyme, falaise de 400 m de haut, limite sud du continent américain.

Après le petit-déjeuner, nous sommes invités à monter sur le pont 6, à l’extérieur pour y faire nos premières observations des oiseaux de mer dont les fameux albatros.

Très rapidement, nous pouvons identifier ceux que nous attendions : albatros à sourcil noir et surtout l’albatros hurleur, qui avec jusqu’à 3,60 m d’envergure est le plus grand oiseau volant au monde. Nous y reconnaissons aussi des pétrels géants, des damiers du cap, des océanites de Wilson, oiseaux d’environ 40 cm d’envergure, qui paraissent minuscules à coté des géants des airs. SONY DSC

Marie nous présente sa première conférence : " Le premier hivernage français en Antarctique "

Jean-Baptiste Charcot, à bord du Français, lance une expédition à destination de la péninsule Antarctique. L’hivernage s’organise sur l’île Booth, entre mars et décembre 1904. A travers des documents d’archives mais aussi quelques photos récentes de voyages de commémorations, nous découvrons le quotidien de cette première expédition française en Antarctique : la vie qui s’organise à terre par les hivernants, les travaux scientifiques et les réalisations cartographiques effectuées.

Malgré les conditions de mer très clémentes eu égard à la réputation de ces lieux, quelques uns d’entre nous seront dérangés par le mal de mer et ne pourront assister au déjeuner.

Au cours de l’après-midi, Gérard nous présente les oiseaux du Grand Sud : les manchots, les albatros, les pétrel, et les quelques autres espèces que nous devrions rencontrer pendant cette croisière.

Tout l’après midi, nous seront accompagnés par une dizaine d’albatros qui profitent des turbulences que crée notre navire pour planer sans effort dans notre sillage.

Juste après le dîner, l’officier de veille nous signale la présence d’un petit groupe d’orques proche de bateau. Dans le crépuscule, il n’est pas très facile de voire les ailerons de ces magnifiques prédateurs marins.

Jeudi 12 mars, Passage de Drake

" Chers passagers, bonjour. Cette nuit, nous avons maintenu notre cap à environ 200 ° (SSW) et également notre vitesse à autour de 12 nœuds, c’est à dire que nous n’avons plus le contre courant qui nous ralentissait hier. Nous venons de franchir la latitude 60 ° S, qui est la limite du Traité dans l’Antarctique : nous sommes donc, au niveau administratif, en Antarctique. Nous sommes à la position 60° 26’ S, 67°46’ W. Les conditions météo sons bonnes, les prévisions pour aujourd’hui, donnent des vents de moins de 10 nœuds, ce qui est le cas ce matin (vent force 3 à 4). La mer est calme, par contre le ciel est bouché.

La température de l’air est de 6°, de l’eau 4°C. Je pense que nous sommes en train d’entrer dans les eaux antarctiques. Je vous souhaite une très bonne journée "

En cours de matinée, Marie nous présente sa conférence " Sur les Traces du Pourquoi-Pas ? "

Surnommé le Gentleman des pôles par Scott, Jean-Baptiste Charcot, lance une seconde expédition à bord de son navire polaire Pourquoi-Pas ?, de façon à poursuivre les travaux et les explorations du Français, en Antarctique, dans de meilleures conditions. Près de 3 600 km de côtes sont découvertes, la baie Marguerite est explorée pour la première fois et l’explorateur découvre l’île Charcot, par 70° S et 77° W, le 11 janvier 1910, près de l’île Alexandre.

Le soleil est de la partie en milieu de matinée et ne nous quitte plus durant notre journée de navigation, cap au 190°, à 11,6 nœuds. Nous connaissons donc des conditions optimales pour notre descente en Antarctique. Image9.jpg

A 15 heures, conférence de Gérard sur l’océan Austral. Après une introduction sur les limites de cet océan, il nous explique les conditions météo des " quarantièmes rugissants ", puis il nous montre des cartes des courants marins, en surface et en profondeur, avec des simulations de la circulation thermohaline. La dernière partie est consacrée à la chaîne alimentaire : les termes phytoplancton, copépodes, amphipodes, krill, calmars, puis prédateurs nous sont expliqués.

A 17 heures, réunion d’information sur la réglementation IAATO (International Association of Antartica Tours Operators), association regroupant les principaux voyagistes opérant en Antarctique, ayant défini un code de conduite du touriste en Antarctique, pour ne laisser " que nos traces de pas dans la neige ". Nous assistons ensuite aux consignes de débarquement en zodiac.

Vendredi 13 mars, Mer de Bellingshausen

" Cher passagers, bonjour,

Nous sommes le vendredi 13 mars, il est 7h30.

Cette nuit, nous avons prolongé notre route SSW en direction de la baie Marguerite. Nous avons parcouru 281 milles au cours de la journée d'hier, c'est à dire à la très bonne vitesse de 11,7 nœuds. Notre position est actuellement de 64° 54 S et 69° 09 W

La météo du jour : pas de vent, brouillard, la température de l'air est de +2°, température de l'eau 4°C. Les prévisions pour ce soir sont bonnes, vents de 10 nœuds dans la baie Marguerite. Par contre, dans le passage de Drake ; les vents monteront à 30 nœuds, nous avons la chance d'être passé entre deux coups de vents, juste avant celui qui arrive aujourd'hui.

Je vous souhaite une excellente journée. "

Au cours de la matinée, Anne-Marie Vallin-Charcot nous présente une série de documents qui n’ont jamais été publiés. Ces documents retracent la vie à bord durant l’hivernage, que ce soit les détails bassement matériels, ou les menus de fête, les anniversaires. Elle nous montre également des dessins ainsi que des cartes réalisés par son grand-père. La présentation se termine par les messages laissés dans les cairns au cas où le bateau disparaîtrait.

Ensuite, Gérard anime une présentation sur la glace en mer. Après une courte liste de termes désignant les différents types de glaces rencontrés en mer, il nous explique comment se forme la banquise, comment elle évolue au cours de l’hiver puis de l’été. Il termine par une séquence animé montant l’évolution de la banquise antarctique au cours des 12 mois de l’année.

Après le déjeuner, Marie nous aide à pouvoir identifier les manchots, par une présentation du comportement, du mode de reproduction et la vie sociale de ce drôle d’oiseau, incapable de voler, de l’ordre des Sphenisciformes et la famille des Spéniscidés. Les caractéristiques les plus remarquables des manchots sont leur grande adaptation au milieu aquatique : leurs ailes transformées en ailerons sont utilisées pour la propulsion sous-marine. Leurs pattes palmées et leur queue leur servent de gouvernail. Les manchots sont des oiseaux très sociaux, en mer comme à terre et la taille des colonies peut atteindre un million d’individus. <Digimax S600 / Kenox S600 / Digimax Cyber 630>

Vers 18h30, nous arrivons à la latitude mythique de 66° 33,7 ‘ S, celle du cercle polaire. Pour marquer l’événement, nous sortons tous sur le pont avant et l’officier de quart nous prévient du passage de la ligne en actionnant la corne de brume. Un " pisco sour " est servi en apéritif pour le dîner.

Samedi 14 mars, Baie Marguerite

" Cher passagers, bonjour,

Cette nuit, nous avons contournée l’île Adélaïde par d’abord l’Ouest puis le Sud pour entrer dans la baie Marguerite. Nous somme devant l’île Jenny, qui est visible juste devant nous.

Notre position est 67°48’ S, 68°40’W. Nous avons parcourus 231 milles au cours de la journée d’hier.

Météo du jour : la température de l’air est de +1°C, l’eau est à exactement 0°C. Le ciel est couvert, vent d’ouest force 3. Les prévisions pour la journée sont de 15 nœuds, soit un peu plus fort.

Je vous souhaite une superbe journée. "

Lorsque nous sommes réveillés par Gérard et que nous prenons le temps de regarder par le hublot de la cabine, les documents d’archive, découverts la veille semblent défiler devant nous : la même vision des pics enneigés et des langues glaciaires. Nous sommes plongés dans l’histoire.

Notre navire jette l’ancre devant l’île Jenny.

Charcot écrit, le 15 janvier 1909 :

" … Au golfe, je donne le nom de Marguerite, prénom de ma femme, et à l’île, le nom de Jenny, prénom de Madame Bongrain.

…L’île est formée uniquement de roches éruptives granitiques traversées de nombreux filons. Une de ses particularités les plus remarquables se trouve à l’Ouest, sous forme d’un grand talus de pierres s’élevant de la mer, à une dizaine de mètres de hauteur, et présentant un vaste plateau absolument horizontal qui semble avoir été patiemment et habilement construit par des terrassiers. Cette formation est évidemment le reste d’anciens rivages…

A 2h30, nous appareillons et faisons un dragage par 250 mètres ; pendant ce temps, Gourdon part en youyou établir un cairn sur l’étrange plateau de l’Ouest ".

Puis le 30 janvier, avant de quitter la baie Marguerite, il ajoute : Nous laissons un cairn avec un document sur la terrasse de l’île Jenny et, à 10h30 du soir, nous appareillons. C’est le cœur gros que je m’éloigne et cependant je devrais me réjouir du beau temps qui permet à l’Expédition d’échapper à cet endroit dangereux. ". Image11.jpg

Rolf et Gérard partent en reconnaissance pour trouver un endroit propice au débarquement. Il n’y a aucun bateau de tourisme qui soit venu ici, avant notre voyage, ce site n’était même pas mentionné dans la liste des sites visitable de l’Antarctique. Après 20 minutes de recherches, ils trouvent péniblement l’endroit le moins mauvais, un plage de galets battue par la houle. De plus, les grèves sont occupées par une importante concentration d'otaries à fourrure et d’éléphants de mer. L’atterrissage est trop difficile pour le groupe et nous devons renoncer.

Nous organisons alors une sortie en zodiac pour pouvoir profiter de la présence de ces pinnipèdes. Effectivement, il est assez facile de les approcher et de les photographier. SONY DSC

Notre navire reprend la navigation en direction de l’île Horseshoe (fer à cheval), proche de l’île " Pourquoi-Pas ? ", nommée en l’honneur du bateau qui a été le premier à naviguer dans cette baie. Le capitaine jette l’ancre près de plusieurs magnifiques icebergs. Cette fois-ci, les conditions pour débarquer sont bonnes, anse bien protégée de la houle et du vent, plage de rochers en pente douce et peu d’otaries à fourrure à écarter.

Pendant qu’un groupe part marcher en direction du sommet de la colline voisine, d’autres approchent l’ancienne base du British Antarctic Survey, qui a été transformée en site historique. Il est possible de visiter l’intérieur du bâtiment, resté dans un état identique à ce qu’il était lorsque le base a cessé de fonctionner. SONY DSC

Quelques manchots Adélie sont encore présents : ceux qui voient pour la première fois ces oiseaux si particuliers sont émerveillés.

Dimanche 15 mars, Baie Marguerite

" Cher passagers bonjour,

Cette nuit, nous sommes restés à l’ancre devant l’île Horseshoe et sommes partis à 6h en direction SW dans la baie Marguerite, en direction de l’île Millerand.

Nous avons parcouru 91 milles hier. Notre position est actuellement 67°58’ S (c’est à dire presque 68°) et 67° 38’ W.

La météo : température identique pour l’air et l’eau : 0°C. Vent d’ouest, 15 nœuds. Les prévisions pour ce soir donnent un vent tournant au nord-nord-ouest de force similaire.

Je vous souhaite une excellente journée.

Au cours de la matinée, nous gagnons le plus Sud possible. Sous tempête de neige et vent du secteur NW, nous atteignons la position 68° 15’ 84’’ Sud et 67° 28’ W à 9h20. Nous ne pouvons progresser plus Sud, la zone qui se présente devant nous n’étant plus sondée et nous trouvons l’observation : " Unsurveyed area " sur les cartes du bord, c’est-à-dire, non reconnu ; la probabilité de rochers affleurants non connus est loin d’est nulle.

Nous approchons de l’île Millerand, baptisée par Charcot et de l’île Stonington qui est abritée de la houle par l’île Neny. Notre capitaine jette l’ancre dans une purée de poix telle que les côtes autour de nous ne sont pas visibles. Rolf et Gérard partent en éclaireurs, sous la neige tombante et en se guidant au GPS, reconnaître le point d’atterrissage. Par radio, ils nous indiquent qu’ils ont difficilement trouvé une plage de rochers permettant d’accéder à l’ancienne base de recherche du British Antarctic Survey. Le front d’un immense glacier est visible au travers de la brume. Image14.jpg

Compte tenu de l’heure avancée, le débarquement est repoussé à l’après-midi. Lors de la mise à l’eau des zodiac, la visibilité s’améliore et nous pouvons partir dans de meilleures conditions. Un phoque crabier se repose sur un bourguignon. Nous pouvons l’approcher sans qu’il réagisse vraiment : tout juste se réveille-t-il et nous regarde d’un air curieux en se demandant qui peut venir troubler sa sieste. Image15.jpg

Nous atterrissons sur l’île Stonington, recouverte de 20 à 30 cm de neige fraîche. Nous pouvons faire un longue marche sur cette île d’environ 500 m de long. Le temps s’améliore : plus de chute de neige et la visibilité augmente. Nous pouvons profiter du beau panorama sur le glacier et les immenses icebergs échoués autour de l’île. Image16.jpg

A la fin du dîner, Marie et Anne-Marie nous expliquent pourquoi et comment nous avons fait livrer à bord des bouteilles de Champagne " Mumm Cordon Rouge ". Nous finissons ce repas en trinquant en l’honneur du Commandant Jean-Baptiste Charcot.

Après le dîner, nous repassons à proximité de l’île Jenny. L’heure est trop avancée pour une tentative de débarquement, de plus la houle est toujours présente et il fait nuit. Nous marquons le coup en se rendant à la passerelle et en actionnant la corne de brume.

Nous partons vers le large pour contourner l’île Adélaïde par l’ouest. Jean-Baptiste Charcot avait déjà déterminé que le terre Adélaïde était bien une île :

" Depuis l’île Jenny, 3 membres de l’expédition du Pourquoi-Pas ? sont partis en reconnaissance au nord-est de la baie Marguerite, à fin de se rendre compte si la Terre Adélaïde était rattachée au continent. Après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres, ils déclaraient que la Terre Adélaïde était bien une île, mais fort rapprochée du contient. "

Lundi 16 mars, Baie Matha, île Détaille

" Chers passagers bonjour,

Cette nuit, nous avons contourné l’île Adélaïde, d’abord par le sud et ensuite par l’ouest pour se diriger en direction du nord-est pour arriver à la position actuelle de 67°49’S 68° 43’ W. Nous avons parcourus 119 milles au cours de la journée d’hier.

Les conditions météo : température de l’air de 2 °C, de l’eau 0 °C, vent fable, force 3, c’est à dire autour de 10 nœuds. Les prévisions pour ce soir, en terme de vents sont similaires, autour de 10 nœuds. Le ciel est couvert.

Je vous souhaite une magnifique journée. "

En matinée, nous longeons l’île Adélaïde, occasion d’évoquer les travaux de cartographie de Charcot, avec la projection du film : " Jean-Baptiste Charcot, une épopée scientifique ", film de Yves Léonard, avec la participation d’Isabelle Autissier. Au loin, les montagnes de la Péninsule sont éclairées par le soleil matinal. Image17.jpg

Jean-Baptiste Charcot découvre et nomme l’île du nom de l’un des principaux actionnaires de la " Magellan Whaling Company " en remerciement pour les services rendus à Deception, notamment pour avoir reçu du charbon.

Le temps s’améliore durant notre débarquement permettant de découvrir le " Crystal Sound " et le " Matha Sound ". A terre, présence d’une faune importante avec de nombreuses otaries, des phoques de Weddell sur la partie Nord de l’île tandis que de nombreux manchots Adélie occupent la partie Sud. Les manchots, peu farouches, s’enhardissent vers nous et font notre régal. Ceux qui avaient la crainte d’un débarquement difficile ont pu profiter d’un tour en zodiac avec observation de la même faune et en plus une approche des icebergs, nombreux près de l’île. Image18.jpg

Retour à bord vers 17 heures et nous mettons le cap vers les îles Argentines.

En soirée, nouvelle projection du film, pour ceux qui ont préféré profiter du paysage, en matinée.

Mardi 17 mars, îles Argentines, Petermann

" Chers passagers bonjour,

Au cours de la nuit, nous avons navigué le long de la Péninsule en direction du N-E, à l’extérieur des îles Biscoe. Hier, nous avons parcourus 233 milles, pour arriver à la position actuelle 65° 19’ S, 64° 18’ W.

La température est de +3 °C, celle de l’eau +1 °C. Le ciel est couvert, vent quasi nul ; les prévisions pour ce soir sont : vents 10 nœuds maximum.

Je vous souhaite une journée sublime. "

En matinée nous rendons visite aux membres de la base ukrainienne de Vernadsky. Nous sommes accueillis chaleureusement. Après une visite des locaux techniques (salle météorologique, de sport,…) , nous montons à la salle de séjour où nous pouvons poster du courrier, et surtout nous découvrons le " pub " le plus austral du monde.

" L’ancienne base de Faraday (plus ancienne station de la Péninsule), a été construite en 1947, puis déplacée à Marina Point sur l’île Galindiez en 1953, modernisée en 1979/80 cédée aux Ukrainiens en 1996 pour une somme symbolique, à charge pour eux de maintenir les recherches scientifiques et de continuer à effectuer les relevés. La base a été rebaptisée Vernadsky.

Après la visite de la base, nous nous rendons avec les zodiacs près de la cabane Wordie, qui sert occasionnellement aux Ukrainiens comme lieu de tranquillité, à l’écart de la station. Le front de la petite calotte glaciaire forme une espèce de grotte de laquelle se détache de temps en temps un bloc de glace ; Image19.jpg

Arrêt à Petermann, l’après-midi. Nous cherchons tout d’abord la marque de marée, gravée par l’expédition. Charcot note, le 4 janvier 1909 : " A Port-Circoncision, le marégraphe Favé fut de nouveau immergé par 3 mètres d’eau environ. Une échelle verticale de 2 centimètres en 2 centimètres fut installée auprès de lui, et des lectures y furent faites toutes les demi-heures. Un trait horizontal, soulignant les lettres P-P, fut gravé sur un rocher à paroi plane presque verticale situé à la base de la falaise de glace qui forme la rive nord-est de l’anse de Port-Circoncision. Ce trait repère correspondait à la cote 1,72m de l’échelle ". SONY DSC

Pendant que certains partent tout de suite en direction de la colline où se trouve le cairn érigé par l’équipe de Charcot, d’autres prennent la direction opposée pour observer la colonie de manchots. Le peu de neige qui reste est colorée de rouge et de vert par les algues qui profitent de l’apport de nutriments que représentent les déjections des oiseaux .



Mercredi 18 mars, Île Booth, Canal Lemaire, Port Lockroy

" Chers passagers bonjour,

Cette nuit, nous sommes resté au mouillage tout près de l’île Petermann, qui se trouve actuellement coté tribord. Nous sommes à la même position qu’hier soir : 65° 11’ S, 64° 08’ W. Au cours de la journée d’hier, nous avons parcours la distance de 91 milles.

La température est actuellement de 2 °C pour l’air et 1 °C pour l ‘eau.

Le ciel est couvert, je dirais uniformément couvert, le vent est très faible, voire quasi nul. Les prévisions pour ce soir sont identiques, vents inférieur à 5 nœuds.

Je vous souhaite une excellente journée. "

Le premier débarquement de la journée a lieu sur l’île Booth, lieu d’hivernage de la première expédition de Charcot, avec le Français, en 1904. Nous nous rendons au cairn (qui a été un peu endommagé lors de la précédente tempête de janvier dernier) tandis que l’abri magnétique en pierre, face au mouillage de l’anse du Français, est presque intacte. Les plus courageux n’hésitent pas à se tremper les pieds pour aller photographier la marque de marée laissée sur la roche sur laquelle le navire était appuyé, durant l’hivernage. Nous allons également visiter une petite colonie de manchots à jugulaire, située sur une colline avoisinante. L’île Booth a cette particularité d’abriter trois espèces de manchots présents en péninsule Antarctique . SONY DSC

Durant l’après-midi, débarquement à Port-Lockroy, nommé par Charcot en remerciements pour l’aide gouvernementale apportée par son beau-père, Edouard Lockroy, président de la chambre des députés, qui favorisa le soutien officiel de la première campagne antarctique. Sur la grève, les chaînes d’amarrage et les ossements rappellent que les eaux antarctiques ont été fréquentées par les baleiniers. L’endroit a ensuite servi de station d’observation durant la seconde guerre mondiale, durant l’opération Tabarin, qui devait surveiller les navires ennemis. Plus récemment (1996), après une longue période où l’endroit avait été complètement abandonné, le refuge du British Antarctic Survey a repris vie sous forme de petit musée. Les trois gardiens ont quitté les lieux mais nous pouvons visiter les différentes pièces.

Après la visite de la station, située sur un îlot, nous pouvons aller sur la pointe Jouglas où un squelette de baleine a été reconstitué à partir d’ossements abandonnés par les baleiniers. Sur cette pointe, de nombreux manchots sont sur la plage et dans l’eau à soigner leur plumage et nager. Nous avons l’occasion de les voir dans l’eau transparente, accélérer à une vitesse impressionnante et sauter hors de l’eau. Image22.jpg

En soirée, ambiance garantie, pour la soirée BBQ. Danses, champagne " Mumm Cordon Rouge ", démonstrations de danses données par l’équipage russe mais aussi par certains passagers qui s’enhardissent à des show, debout sur des bites d’amarrages et qui donne le ton de la soirée : que du bonheur ! Compte tenu de la température polaire, la soirée se prolonge au bar très tard dans la nuit.



Jeudi 19 mars, Neko Harbour, baie Paradis

" Cher passagers bonjour,

Il est 7h 20, 10 minutes plus tôt que prévu, mais le paysage à l’extérieur est tel que je vous conseille de le regarder par le hublot.

Nous sommes restés à l’ancre toute la nuit devant Port Lockroy. Vers 6 heures, nous avons appareillée en direction de la baie Andword, via le chenal Neumayer.

La température est de 1 °C, celle de l’eau 1 °C.

Le temps est couvert avec quelques trouvées offrant de superbes vues sur les montagnes environnantes.

Les prévisions pour ce soir sont en renforcement du vent : Est, vitesse autour de 20 nœuds .

Je vous souhaite une journée riche en souvenirs. "

L’anse où vient mouiller le Mikheev dans la baie Andvord, est reconnu et cartographié pour la première fois par Gerlache, en 1897-9. Le lieu porte le nom du navire baleinier " Neko ", qui chassait dans les parages entre 1911 à 1924, et qui abritait de nombreux baleiniers. La hutte argentine, construite sur le promontoire rocheux, face au glacier, a été en partie démontée et il reste de nombreux morceaux de planches, déchets et bidons. Les plus courageux d’entre nous grimpent sur un promontoire de rocher, pour découvrir la vue imprenable, face au front glaciaire, très actif. Image23.jpg

Nous pouvons même observer un groupe de plus de 10 baleines qui viennent nager près de la rive. Ce sont des baleines d’Arnoux, espèce qui fréquente assez régulièrement la baie Andword mais qui est malgré tout peu observée dans la péninsule Antarctique. Image24.jpg

Nous revenons avec difficultés au navire compte tenu de la grande quantité de glace qui encombre la baie. Au cours de notre navigation, nous pouvons voir une baleine à bosse bondir hors de l’eau à plusieurs reprises.

Pour l’après-midi, nous avons prévu un cours débarquement à la station " dite de recherche " argentine de Almirante Brown.

Nous continuons pas un tour en zodiac dans la baie voisine. Nous commençons par longer une falaise ou se sont installés des cormorans impériaux ; Quelques oiseaux sont encore présents dans les nids tandis qu’un skua se nourrit sur un cadavre tombé au pied de la falaise. Nous allons ensuite vers le front glaciaire tout proche. La vue, depuis le niveau de l’eau, sur ces immenses tours de glace, hauts comme des immeubles de 20 étages est impressionnante. Un phoque léopard nage dans la baie. Il s’intéresse aux zodiac et vient jouer en nageant à quelques mètres. Lors du retour au navire, un petit rorqual est même observé à moins de 15 mètres. SONY DSC

Vendredi 20 mars, Shetland du Sud

" Cher passagers bonjour,

Cette nuit, nous avons navigué dans le détroit de Gerlache, puis le détroit de Bransfield, qui est entre la Péninsule Antarctique et les Shetland su Sud, en direction du N-E, vers l’île Deception. Notre position est 63°13’ S, 60°40’ W. La température de l’air est de +3 °C, celle de l’eau de 0 °C. Le vent est direction Est, force 6, les prévisions pour ce soir ne sont pas bonnes.

Je vous souhaite une très bonne journée "

Nous aurions aimé débarquer à l’île Deception ou à Half Moon, mais Neptune et Eole en ont voulu autrement et les conditions météo sont mauvaises : fort vent d’Est, et le Mikheev doit renoncer à jeter l’ancre. En matinée, nous improvisons un peu de " shopping " c’est à dire, l’achat de souvenirs à la boutique du bord puis, nous amarrons, coinçons, bloquons tout ce qui pourrait se renverser durant la traversée et nous visionnons le film " La Planète Blanche " . Le Mikheev longe les îles Greenwich et Robert puis quitte les Shetland du Sud et met le cap sur la Terre de Feu. Les conditions de navigation se sont améliorées et presque tous les passagers sont présents au dîner.




Samedi 21 mars, Passage de Drake

" Cher passagers bonjour,

Cette nuit, nous avons pris notre cap en direction de l’extrémité Est du Canal Beagle, c’est à dire N-N-W. Nous avons parcourus 211 milles au cours de la journée d’hier, pour atteindre la position 60°04’ S, 61° 40’ W . Nous allons bientôt quitter les eaux antarctiques. La température de l’air est de 3 °C, celle de l’eau 1°C. Nous sommes donc encore, océanographiquement parlant, dans les eaux froides antarctiques.

Le temps est couvert, vent de N-W, c’est à dire de face, environ 16 nœuds. Il y a une légère brume au niveau de la mer. Les prévisions pour ce soir sont similaires, voire un peu plus fort, 15 à 20 nœuds, soit force 5.

Je vous souhaite une belle journée "

En matinée, Marie nous présente sa conférence sur : " Les premiers occupants de la Terre de Feu, les Indiens Yamana " : La première occupation humaine en Terre de Feu remonte à – 9 500 ans. Ces hommes arrivés du continent sud-américain, les " Yamana ", étaient des nomades de la mer et ils occupèrent toute la zone maritime depuis le canal Beagle jusqu’aux îles du cap Horn. Chasseurs marins, ils basaient leur vie quotidienne sur la quête de nourriture, les déplacements s’effectuant en canoë. Nous découvrirons leur artisanat, l’organisation familiale et leur vie quotidienne avant l’arrivée des Européens ainsi que leur adaptation, à la création des missions religieuses et leur installation à la réserve indigène de Ukika (Puerto Williams).

La présentation est suivie du film " The Homage to the Yahgans, The Indians of Tierra del Fuego and Cape Horn ", présenté par Anne Chapman, chercheur au CNRS, Paris.

Dimanche 22 mars, Passage de Drake

" Cher passagers bonjour,

Cette nuit, nous avons continué notre cap N-N-W en direction du Canal Beagle Nous avons parcourus 235 milles au cours de la journée d’hier. Notre position est 56°32’ S, 65° 08’ W . Notre vitesse est autour de 11 nœuds, le courant nous aide un peu. Notre heure d’arrivée estimée à l’entrée du canal Beagle est autour de 16h00. La température de l’air est de 5 °C, celle de l’eau 5°C. A 4 heures ce matin, elle était à 1 °C, c’est à dire que nous avons franchi la convergence, nous sommes sortis des eaux antarctiques. Image26.jpg

Le temps est couvert avec quelques trouées de soleil entre les grains. Le vent est de N-W, vitesse environ 20 nœuds. Les prévisions pour ce soir sont meilleures, entre 10 et 15 nœuds.

Je vous souhaite une superbe journée "

En matinée, Marie nous présente sa conférence sur " Les cap-horniers du Roi Soleil au début du XVIIIe siècle ".

Les navigateurs français du XVIIe et XVIIIe siècles ont largement contribué aux travaux cartographiques de la région de la Terre de Feu et de l’archipel du cap Horn. Ils se sont intéressés à cette partie du continent américain lorsqu’ils devaient franchir le " bout de la Terre " pour proposer leurs cargaisons, en contrebande, aux commerçants du Chili et du Pérou. Mais c’est le plus souvent par hasard, lorsque le mauvais temps repoussait les vaisseaux à la côte, que les découvertes géographiques sont effectuées. L’évolution des techniques de navigation du Siècle des Lumières met fin aux navigations à but purement commercial et favorise les voyages scientifiques avec Bougainville, Cook et La Pérouse qui reprennent la route maritime ouverte par les contrebandiers.

La présentation est suivie du film " Around Cape Horn ", histoire de l’un des derniers grand voilier au monde à doubler le cap Horn, le Peking, quatre-mâts, en 1929. Le Peking embarque des produits manufacturés depuis Hambourg pour les livrer au Chili. A son retour de Iquique, il embarque du nitrate.

Texte: Gérard Bodineau, Marie Foucard.

Photos: © Gérard Bodineau, Christophe Chemineau, Marie Foucard.

Merci à Jean-Paul pour sa participation et son aide dans l’identification des oiseaux


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